Foire aux questions
Des gens que je rencontre, des événements, mais surtout de mes lectures multiples et des questionnements qui en résultent.
Ayant déjà enseigné l’histoire du Canada (Sec IV) j’ai donc un bon bagage de connaissances et d’informations qui me guident, entre autres, vers des époques ou des personnages méconnus de notre Histoire. Je vais donc puiser aux sources pour finir par brosser un portrait le plus exact possible de l’époque : ses habitants, la langue utilisée (expressions, vocabulaire, etc.), le logement, les vêtements, les arts, les loisirs, le travail, etc. Bref, je me téléporte dans un passé que je fouille afin de pouvoir ensuite recréer l’ambiance la plus proche de la réalité. Une fois compilées, ces informations sont ensuite insérées dans mon plan de base afin de m’en servir dans les bons chapitres et dans les moments opportuns sans alourdir le texte.
Je n’ai heureusement jamais eu de panne d’inspiration puisque l’Histoire me donne les filons, la chronologie et je me rallie à des personnages toujours en quête de quelque chose de grand. Aussi, lorsque j’ai une idée, je la mets toujours sur papier afin de ne pas la perdre. De plus, je ne construis jamais un roman sans d’abord avoir établi un synopsis et un plan des chapitres. Même si ce premier change en fil d ‘écriture, il demeure la base à la fois de ma recherche et de mon histoire à venir.
Enfants ou adultes, le syndrome de la page blanche réside dans le fait que ceux-ci ne connaissent pas suffisamment le personnage principal de leur histoire. Le personnage est l’élément clé de la création, sans lui, il n’y a rien On aurait beau décrire un magnifique paysage pendant une dizaine de pages, rien ne saurait mieux rendre l’atmosphère que les émotions du personnage qui le décrit. En fait, il y a des moyens simples, mais très efficaces de s’approprier le personnage afin de se téléporter dans l’histoire de ce dernier. Nous devons chausser les souliers du personnage ou des personnages, tout comme le fait le lecteur ou la lectrice. Il suffit d’abord d’établir, pour le personnage principal du moins, une fiche sur laquelle se retrouvent les éléments suivants :
- une fiche civile,
- un portrait physique le plus précis possible,
- un portrait psychologique qui a pour but de révéler les forces et les faiblesses de l’être humain (qualités, défauts, peurs, rêves, etc.).
Il m’est difficile de trancher sur un personnage puisque chacun m’a habitée à sa manière mais d’aussi intense façon que les autres. Cependant, il me vient à l’esprit que le personnage de Cohenaya, dans Le choc des rêves, est le personnage avec lequel je suis allée au-delà de mes limites moi-même. Un personnage torturé, à l’esprit vengeur, au besoin de se sentir aimé, mais qui ne peut faire autrement que semer le désarroi et le malheur autour de lui. Ce personnage ne me ressemble pas du tout ! Cependant, j’ai eu plaisir de m’offrir une vision de ce que je pouvais développer avec un tel personnage.
Écrire pour les jeunes s’est fait conjointement à mon désir de faire des romans pour adultes. D’abord, j’écrivais en exercice pour ne pas perdre la main; comme un pianiste fait ses gammes. J’écrivais donc de courts textes destinés à des lecteurs adolescents. Mais j’avais aussi un projet de roman historique pour adulte et ce n’est qu’après avoir reçu une réponse d’une éditrice à qui j’avais envoyé un roman pour adultes que j’ai remanié cette histoire. Ce qui a donné les 4 tomes : Le vol des Chimères, Les mirages de l’aube, Le choc des rêves et Les temps fourbes (un 5e tome est en processus d’écriture La fille au cœur de pierre). Par la suite, j’ai vu que la jeune littérature québécoise traînait une lacune majeure dans le choix des livres destinées aux enfants : il n’y avait pas de romans historiques pour que ces mêmes enfants connaissent l’Histoire de leur pays à l’aide de romans mêlant aventure, suspense, amour et Histoire. Je me suis donc mise au travail afin de fournir aux jeunes du Québec des romans qui les informent de ce qui fut avant eux le visage du Québec, tout en les divertissant ou en les émouvant bien entendu !
Les jeunes d’aujourd’hui sont continuellement informés, et surtout ils ont des images (télévision, cinéma, internet). Il faut impérativement que les romans soient «visuels» en ce sens que les images créées par les mots doivent être précises, que les actions soient rapides, que les dialogues soient les vecteurs d’informations. Il faut aussi, à mon avis, que l’histoire débute sur les chapeaux de roues (comme dans un générique de film où, durant les 2 premières minutes, l’intrigue est installée). Il faut savoir aussi choisir de bonnes descriptions, pas trop longues, mais choisir celles qui amènent le lecteur plus loin au niveau de l’ambiance. Il faut aussi faire un choix judicieux des personnages, ne pas prendre le lecteur pour un idiot avec des répétitions utilisées à outrance. Mais je crois qu’il ne faut pas avoir peur d’ÉMOUVOIR. Le personnage est celui qui va prendre la main du lecteur et l’amener dans son univers. Il faut que ce personnage irréel devienne plus important que tout ce qui est réel. Le lecteur doit PLONGER dans l’univers du personnage et vivre avec lui les joies, les peurs, les angoisses, etc. Cela prévaut autant pour les lecteurs adultes je crois.
Je n’ai pas de conseils précis pour les jeunes lecteurs, sauf peut-être de lire, d’y trouver un plaisir secret. Lire des BD, des contes, des romans ou des nouvelles. Mais lire… Chacun doit un jour trouver un livre qui lui fait oublier son quotidien et le projette dans une autre dimension, celle de l’imaginaire. La lecture, tout comme la musique, peut devenir une bonne façon de contrer l’ennui ou la solitude. Aussi, on peut lire partout, dans son bain, dans le métro, au soleil sur une plage. C’est magique de pouvoir, par le seul biais de la pensée, se projeter dans un univers qui devient parallèle.
J’ai la chance d’avoir planifié plusieurs romans à venir et je m’amuse présentement sur 3 projets :
- Les aventures de Trimballin, le mystère de la mare aux grenouilles; l’histoire d’un jeune garçon qui doit déménager souvent et qui est un spécialiste, tout comme son père, dans la résolution d’intrigues non résolues.
- Les chevaliers des lumières; Tristan a une tumeur qui s’est fixée à la rencontre de ses 2 nerfs optiques et qui lentement dégrade sa vue. Il doit subir des traitements de radiothérapie. Pour combattre sa peur, il va inventer une bataille entre lui et les rayons qu’il va identifier comme des chevaliers qui veulent lui enlever la pierre précieuse qui est dans sa tête.
- Le drap blanc ; un jeune déserteur de la guerre 1914-1918 se cache dans une cabane sur le mont Yamaska. Il devra y survivre dans l’attente que sa mère accroche un drap blanc sur la corde à linge, code que les deux personnages se sont donnés pour signaler que les officiers de la RCMP ne sont pas dans les parages.
J’ai toujours des projets tant dans la tête que sur papier, mais je voudrais écrire des pièces de théâtre (historique ou pas) ainsi que des romans historiques pour adultes (d’ailleurs 2 maisons d’édition m’en ont fait la demande vue l’engouement que ce type de littérature connaît depuis quelques années.
Au début, la littérature pour la jeunesse ne présentait surtout que des romans de type miroir et qui reflétait une prise de conscience de la réalité de l’adolescence avec tous les aléas qu’elle comporte. Cette même littérature s’est diversifiée et c’est tant mieux. Quand, en 1998, je publiais mon premier roman historique : Le moussaillon de la Grande-Hermine, on me prédisait que les jeunes n’aimeraient pas lire des histoires du passé, mais les tirages et surtout l’intérêt croissant pour ce type de roman a fait heureusement mentir la critique. Je crois que les romans pour les jeunes sont de plus en plus diversifiés tant dans les genres que dans les styles d’écriture. Pour avoir été juré pour les demandes de subventions au Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ), je me suis rendu compte qu’il y avait des modes, influencées par nos voisins américains, mais aussi par les écrits venus d’Europe. Pour être compétitives, les maisons d’édition doivent diversifier leurs publications et se mettre au goût du jour. Ainsi on a vu apparaître des histoires de sorciers et de magie (après la vague Harry Potter), des Amos d’Aragon et compagnie (après le Seigneur des anneaux), des histoires de loups-garous et de vampires (après le succès de la série Twilight). Les romans de style «fantasy» sont de plus en plus à la mode alors que lorsque je donnais un cours de création littéraire en 2000, la maison d’édition Bragelonne ne publiait que de courts textes sur Internet. Tout ceci pour dire que la littérature jeunesse est en mouvance et que les maisons d’édition travaillent d’arrache-pied pour conserver, chacun de leurs côtés et avec des moyens financiers de plus en plus à la merci des politiques gouvernementales réductrices d’abri fiscaux ou de subventions, une qualité et une diversité dans les livres pour la jeunesse québécoise.
En conclusion, je dirais que les points forts demeurent et demeureront dans sa diversité; surtout avec la multiethnicité qui est de plus en plus présente dans nos écoles primaires et secondaires. Quant aux points faibles, il est clair qu’elle réside dans le désir de produire à tout prix, sans tenir compte de critères rigides en ce qui a trait à la facture et au contenu linguistique des livres. Il faut une constante vigilance pour ne pas que ceux et celles qui ne pensent qu’à faire des profits envahissent le marché. Parce que, comme le disait Fred Pellerin : «Par-dessus tout, c’est notre identité québécoise qui est en jeu là-dedans!» Comme quoi, nous devons avoir la mission de faire connaître adéquatement la culture québécoise à travers nos écrits et c’est le devoir de chacun, mais surtout des parents et des éducateurs, de la faire connaître à nos enfants.